vendredi 17 mai 2013

Argo


Mercredi 15 mai, fin du visionnage d’Argo de et avec Ben Affleck. Même si j’ai toujours eu du mal à envisager qu’on puisse réussir un film en étant à la fois devant et derrière la caméra, certains réalisateurs, comme Clint Eastwood ou dans ce cas Ben Affleck, maîtrise bien voire même très bien l’exercice. Argo c’est donc l’histoire vraie d’un agent de la CIA spécialiste des exfiltration d’otages qui monte une vraie fausse production hollywoodienne pour faire sortir d’Iran un groupe de diplomates américains qui ont trouvé refuge chez l’ambassadeur du Canada à Téhéran. Le contexte historique (la crise iranienne des otages) est bien réel et l’opération Argo aussi, enfin si on en croit les dossiers de la CIA sur le sujet, déclassifiés secret défense en 1997 par le président Bill Clinton. Je dis ça parce que c’est vrai que si j’avais ces fameux dossiers sous les yeux j’oserais à peine y croire tant cette histoire parait dingue. Dans le même ordre d’idée, si ça ne s’était jamais produit, je crois que personne n’aurait pensé à inventer un truc pareil. Bref, vous voyez où je veux en venir.

Enfin bon, une histoire tellement dingue qu’au cinéma ça devient un scénario génial. Tellement génial d’ailleurs que le film a reçu la bagatelle de 12 prix du meilleur scénario comme aux Oscars où il s’est vu décerné le prix du meilleur scénario adapté. Un long métrage qui semble d’ailleurs tout bonnement fait pour remporter des prix, au vu de ses résultats dans les nombreux festivals pour lesquels il a été nominé en 2012 : 48 prix au total dont 15 du meilleur film et 12 du meilleur réalisateur pour Ben Affleck.
 Ce qui est paradoxale et en même temps très fort dans Argo, c’est l’empathie que Ben Affleck arrive à susciter pour des personnages dont on ne sait finalement pas grand-chose. Pour tout vous dire, mis à part Tony Mendes, le personnage principal incarné par Ben Affleck, je ne me souviens d’aucun des noms des personnages du film et en particulier des six otages évadés qui sont pourtant le point central du film. Mais même si dans le fond on ne les connait pas, on se sent quand même super concerné par leur sort. Ca m’offre une transition pour ce qui est pour moi la plus grande réussite du film, à savoir la séquence du passage des contrôles de sécurité à l’aéroport. Parce que cette scène est à mon sens un véritable exploit de réalisation. En effet, on connait déjà la fin de l’histoire puisque : d’un, c’est une histoire vrai qui s’est donc par définition déjà produite, et surtout de deux parce que c’est un film américain et que dans un film américain on ne va quand même pas laisser un agent de la CIA et six diplomates se faire arrêter et exécuter par des islamistes ! On se doute donc bien qu’ils vont tous rentré sein et sauf au pays, en plus on les connait à peine, mais il n’y a rien à faire on se sent quand même super concerné et on stress à chaque vérification de passeport. Vous l’aurez compris, Argo c’est une prouesse de réalisation et ce n’est pas un hasard si Ben Affleck a personnellement récolté 29 prix pour ce long métrage. Et deuxième transition, presque une double transition même. On parlait donc du suspens que parvient à installer le film autour d’une histoire dont on connait déjà la fin et des prix qu’il a récolté. Et bien ce suspens doit beaucoup au montage. En effet au cinéma on écrit un script avec la durée des plans mais entre ce qui est écrit et ce qui rendra finalement le meilleur résultat on a le chef monteur et son équipe qui sont garant du rythme du film. Je disais donc un montage alterné entre Hollywood, les bureaux de la CIA et l’aéroport de Téhéran. Bref, entre d’un côté nos héros sur le point de se faire arrêter et torturé, donc tout proche d’une mort dans d’atroce souffrance et d’un autre côté tous les grains de sable qui viennent se glisser dan les rouages de l’opération Argo et qui mettent à chaque instants la vie des héros susmentionnés en péril. On doit ce montage à William Goldenberg qui avait déjà travaillé avec Ben Affleck sur Gone baby gone et qui a également œuvré sur le Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow, un des concurrents d’Argo dans les festivals en 2012. Bref un chef monteur émérite récompensé 11 fois au cours de sa carrière dont 6 fois pour Argo qui a été récompensé 5 fois pour le meilleur montage. On compte parmi ces prix un Oscar et un BAFTA (British Academy Film Awards, l’équivalent des Césars au Royaume-Unis). Vous l’aurez compris, le montage contribue largement à la réussite du film en créant le suspens qui caractérise le bon thriller qu’est Argo.
Pour en finir une bonne fois pour toute avec les prix quelques chiffres marquants. Le film à été nominé 7 fois aux Oscars 2013 ce qui le place en 5ème position des nominations pour cette édition. Il y a remporté trois prix dont celui du meilleur film, ce qui en fait la deuxième œuvre la plus primée avec Les Misérables de Tom Hooper et derrière L’odyssée de Pi d’Ang Lee qui a obtenu 4 statuettes pour 11 nominations. Ce qui fait d’Argo le film ayant le meilleur ratio récompense/nomination avec un 3/7. Et c’est un 2/5 au Golden Globes où le film a obtenu deux des prix les plus importants : meilleur film dramatique et meilleur réalisateur.
Un autre aspect fait d’Argo une œuvre qui embarque complètement le spectateur, les costumes. L’action du film se déroule en 1979 et l’ambiance année 80 est retranscrite à la perfection. Grosses lunettes, grosses moustaches, coiffures et vêtement improbables, on s’y croirait. On notera que Jacqueline West, la chef costumier, a, en 2008, été nominée au Costume Designers Guil Awards dans la catégorie film d’époque pour L’étrange histoire de Benjamin Button de David Fincher. Inutile de préciser que son truc c’est faire revivre une époque à travers les fringues des acteurs. Outre Benjamin Button elle a aussi habillé Mark Zuckerberg dans The Social Network également pour Fincher. Terence Malik lui a lui aussi confié la création des costumes pour trois de ces films : Tree of life, A la merveille et Le nouveau monde. Enfin bon, Jacqueline West c’est pas une énorme référence mais c’est tout de même une valeur sûre dans le monde des costumes, lesquels contribuent largement à l’ambiance et donc à la réussite du film.
On finira avec les acteurs. Que dire sinon que Ben Affleck est aussi bon devant que derrière la caméra et que la performance de Bryan Cranston, (le papa de Malcolm) avec son personnage pris entre les devoirs d’obéir aux ordres de ses supérieurs et de soutenir son agent de terrain, est intéressante. Mais à mon sens, ce n’est pas de ce domaine que le film tire sa réussite.
Cette fois je serais plus tranché que pour les critiques précédentes. Argo c’est top, on passe un super moment et à mon avis le film mérite entièrement ses prix. Ce film est plus que « pas mal » même si je ne le mettrais pas non plus dans mon top 5. Vous aimez les thrillers, les histoires dingues et le cinéma en général, alors procurez vous Argo et regardez le au plus vite si ce n’est déjà fait…

A French Watcher

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