lundi 31 mars 2014

Le torture porn

Il est une soirée à Lyon que j’ai découvert il y a quelques semaines et que, désormais, je ne raterais pour rien au monde. L’épouvantable vendredi, projection consacré au film d’horreur à l’institut lumière. Tous les deux mois environ, quelques fans de films de genre, plus ou moins nombreux selon le thème de la soirée, se rendent au Hangar du premier film de l’institut Lumière afin de frissonner devant deux bons films d’horreur. Bien évidemment, vendredi dernier j’y étais pour la spéciale torture porn. Au programme, Hostel et Hostel 2, d’Eli Roth. Retour sur un genre trop méconnu.


Le Torture porn est un genre un peu à part au cinéma. Pour mieux comprendre le phénomène, il nous faut remonter à la fin des années 70. Nous sommes à la fin de deux décennies d’apogée pour le cinéma de genre italien. Les réalisateurs transalpins s’illustrent alors dans tous les domaines. Sergio Leone dans le western spaghetti, Ruggero Deodato dans le cinéma d’horreur. Federico Fellini est une légende du cinéma. Bref, le septième art est en pleine effervescence en Italie. Et c'est en plein dans cette époque charnière que sera réalisé l’œuvre qui va fondé le Torture porn. Salo ou les 120 journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini. C'est un film qu'il est intéressant de connaître à plusieurs titres. Tout d'abord parce qu'il a introduit les codes de ce nouveau genre cinématographique. Dans un univers clos, des jeunes gens sont soumis à des sévices qui leurs sont infligées par un ou plusieurs tortionnaires et qui finisse dans la grande majorité des cas par la mort. C'est pas très joyeux tout ça. Mais c'est exactement ce que propose Pasolini à ses spectateurs. Une montée en puissance de la violence et de la perversion qui fini dans El girone del sangue (le cercle du sang), le quatrième et dernier acte du film, par la mort des adolescents suite à diverses tortures et mutilations. Le film marque un tournant dans l'histoire du cinéma de genre mais aussi de la culture en général. En effet, pour la première fois, la violence et la cruauté sont montrées franchement et directement, de la manière la plus crue qui soit. La violence a toujours été présente dans l'art. Dans le Guernica de Pablo Picasso, dans les nombreuses interprétations picturales de L'enlèvement des Sabines… Mais le cinéma est l'art le plus grand public et permet de créer une illusion quasi parfaite de la réalité. C'est en cela que Salo représente un tournant dans l'histoire de l'art. De la violence et de la cruauté à l'état pur. Mais à l'époque, l'importance qu'allait avoir le film, notamment dans le cinéma d'horreur, n'était pas vraiment perceptible. Pour la censure l'œuvre allait tout simplement trop loin. Elle a donc été censurée ou interdite dans de nombreux pays pendant plusieurs années. Sa projection a même été interdite en 2007 à Zurich. Salo est sans conteste, l'une des œuvres les plus controversées du XXème siècle. Des débuts en fanfare pour un genre qui ne laisse personne indifférent. On va s'arrêter là avec l'histoire du cinéma ne vous en faites pas. Nous voilà de retour dans le présent. Pour donner un bonne aperçu de l'ampleur du phénomène Salo, sachez simplement que c'est un film qui a profondément marqué et influencé Tom Six, le réalisateur du monstrueux The human centiped (âme sensible s'abstenir). De même, Gaspar "Enter the void" Noé éprouve, encore aujourd'hui un profond malaise à chaque visionnage du film.

La salle de bain du Saw 1
Quand on connait ses origines, on comprend mieux que le genre soit à part dans le paysage cinématographique. Le Torture porn c'est extrême et c'est réservé à un public que je qualifierais d'averti pour ne pas dire un peu cinglé. Le genre dans sa globalité est donc relativement confidentiel. Ce que je veux dire par là c'est que les vrais fans restent relativement rares. Le plus souvent, quand on regarde ce genre de film c'est en groupe, avec des mis, pour se faire peur. Très rares sont ceux qui apprécient le Torture porn pour sa porté artistique et cinématographique. C'est tout le paradoxe justement. Un genre confidentiel, mais en même temps très populaire. Le meilleur exemple est la saga Saw. 870,4 millions de dollars de recette à travers le monde avec 3 600 000 entrées en France. Tout simplement la série de film d'horreur ayant eu le plus de succès de tout les temps. Mais ce qu'on en retient, ce n'est pas la prouesse de James Wan avec le premier Saw, ce n'est pas la qualité de la narration qui, bien que non linéaire ne perd pas le spectateur mais le captive. Enfin, on ne retient pas non plus les nombreux codes propres à la saga qui en font quasiment un genre à part entière (twist final, ambiance visuel sale et malsaine…). Non, ce que retient la majorité des spectateurs ce sont un ou deux piège à la violence extrême qui éclipse toute la portée cinématographique du film. Et je ne peux pas les en blâmer. C'est exactement ce qu'ils recherchent, de l'extrême, des sensations…
                Mais si on dépasse ce côté ultraviolent et pervers, on tombe parfois sur des films avec un vrai message à faire passer. Tout comme Salo interrogeait sur notre rapport au pouvoir, à la toute-puissance, à l'autre et à son corps, Saw se penche sur l'instinct de survie, la vengeance et la valeur que chacun donne à la vie que ce soit à la sienne ou à celle de l'autre.


                Le Torture porn c'est un peu comme Casimodo, c'est laid et repoussant au premier abord, mais quand on prend le temps de s'y intéresser sincèrement, ça devient, contre toute attente, intéressant et enrichissant.
A French Watcher

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