L’autre jour, décidé à me rendre à l’avant-première de 300 :
la naissance d’un empire, j’arrive devant l’UGC de la Part
Dieu. Evidemment il y a foule. C’est bien que tant de gens soient prêts à payer
pour aller voir un film au cinéma. Cela me conforte dans l’idée que cet art,
qui me fait si souvent vibrer et pour lequel j’ai un amour inconditionnel, a
encore de belles années devant lui. Mais bon, j’aime bien ne pas avoir à
attendre 30 minutes pour pouvoir aller voir un film, et par-dessus tout, j’aime
être au calme dans mon fauteuil, concentré sur le film, sans que les bruits de
mastication de pop corn de mon voisin de droite ou les gloussements du couple à
ma gauche ne viennent me déranger. Mais halte à la misanthropie, revenons-en à
notre histoire. Les petits écrans de l’UGC m’indiquent qu’à la même heure au
quatrième étage passe Le loup de Wall Street de Martin
Scorsese. Bien décidé à aller au cinéma ce soir, je gravis les escalators,
achète un ticket et pénètre dans la salle 11 de l’UGC Part Dieu. Je m’assieds,
sans trop savoir à quoi m’attendre…
Sortie de salle après Le loup de Wall Street de
Martin Scorsese. Un film plutôt bon dans l’ensemble même s’il y a certains
points que j’aimerais soulever.
Visuellement le film ne propose rien de très
novateur. L’image est belle, propre et travaillée (en même temps nous avons affaire
à l’un des plus grands réalisateurs en exercice) mais il n’y a pas cette touche
de magie comme dans un Seven ou un The Fountaine, qui fait
d’un film une réelle expérience visuelle. La bande son n’est pas extrêmement
marquante non plus. Le film, globalement lambda, est tiré pour ne pas dire
tracté par son histoire et son acteur principal. Une histoire vraie, ce qui la
rend d’autant plus intéressante. Quand on sait que Leonardo DiCaprio et Brad
Pitt se sont disputés les droits du livre, on se dit que Jordan Belfort n’avait
pas vraiment de quoi s’inquiéter quant à la qualité de l’adaptation de sa vie
sur grand écran.
Voilà, une fois qu’on a dit cela, on peut se
pencher plus avant sur ce qui marche et ce qui ne marche pas dans le nouveau
film de Martin Scorcese.
Contrairement à ce que j’ai pu lire, je ne trouve
pas que Scorcese soit « au sommet de son art » dans ce long métrage.
Non, il peut faire vraiment mieux. Certes ce Loup de Wall Street est
divertissant, mais il ne laisse pas une marque. Il ne hante pas le spectateur
pendant des semaines après son visionnage contrairement à Shutter Island ou aux Infiltrés.
Deux films où on sent vraiment une tension monter, une ambiance s’installer. Décors,
lumière, musique, chaque élément de ces films participe à la création de ce mal
être chez le spectateur.
Je dois également dire que j’ai eu un peu de mal
avec le personnage de Donnie Azoff interprété par Jonah Hill. Non pas que je
n’aime pas cet acteur, bien au contraire. Mais bon, quand on est un réalisateur
hollywoodien on doit savoir que lorsqu’on embauche un acteur da la Frat Pack, le ton est donné, le film
prend tout de suite un ton humoristique, même s’il n’est pas voulu. L’image de
Hill est tellement imprégnée de teen movies et de comédies toutes les plus
absurdes les unes que les autres, qu’il est très difficile de le voir comme le
co-fondateur de la plus grosse agence de trading des années 90. Jonah Hill avec
de la drogue, des prostituées et des situations absurdes, on est tout à fait
dans le thème. Mais faire du dramatique avec un acteur au style aussi marqué,
ça serait comme essayer de faire de Sean Connery un gentil looser dans une
comédie romantique. Tout ça sent beaucoup trop le En cloque : mode d’emploi
ou le Super grave. Et ça donne un résultat plutôt déroutant. Les
scènes de drogue et de sexe - enfin de débauche quoi – fonctionnent très bien. Les
scènes qu’on pourrait qualifier de plus sérieuses sont quant à elle beaucoup
moins convaincantes. La descente de police dans les bureaux de Stratton Oakmont
pose problème de ce point de vue. Tout au long du film, à chaque apparition de Jonah
Hill, tout ce qu’on se dit c’est « Elle est où la blague ? ». Mais attention, il ne faut
surtout pas enfermer un acteur dans un seul type de rôle. Un grand acteur doit
savoir tout jouer – doit-on en déduire que Marion Cotillard n’est pas une
grande actrice #mortdansBatman le débat est ouvert. Jim Carrey, hilarant dans Yes
man est un autre acteur dans Le nombre 23. De la même manière,
Jean Dujardin est tous aussi crédible dans Brice de Nice que dans Contre-enquête.
Fin de la digression. Tout cela pour dire qu’un changement de registre est
quelque chose de délicat pour un acteur et que ça doit être très bien fait pour
paraître crédible aux yeux d’un spectateur habitué à autre chose. En
l’occurrence, ici ça ne fonctionne pas.

Mais ne soyons pas si négatif ! Le
loup de Wall Street réserve tout de même quelque bonnes surprises. En
effet, l’humour ne vient pas de la où on l’attend. Et à défaut d’un Jonah Hill
au top de sa forme, on a droit à un Jean Dujardin aussi cynique que dans 99
francs. Son face à face avec Léo DiCaprio est juste génial. Autant la
distribution avait été hasardeuse avec Hill autant Dujardin est absolument
parfait en banquier suisse corrompu. Mélangeant voix off et dialogues, Scorcese
nous dévoile ce qui est dit mais aussi ce qui est pensé par les deux
personnages. Un décalage qui fonctionne à merveille, pile dans le ton du film.
De manière général, DiCaprio est excellent dans le film. Il interprète
parfaitement l’exubérant Jordan Belfort, leader et homme d’affaires prodigieux,
perverti par l’argent et le pouvoir.

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