jeudi 6 novembre 2014

IL ETAIT UNE FOIS… THE TEXAS CHAINSAW MASSACRE DE TOBE HOOPER

Sortie de salle après Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Oui, c'est vrai, ne pas avoir vu ce film constituait un trou béant dans ma culture et je ne parle pas seulement de cinéma d'horreur. Non Massacre à la tronçonneuse est bien plus qu'un simple film d'horreur… C'est une œuvre marquante, un film qui reste encore aujourd'hui une sorte de mythe. Pour s'en convaincre il suffit de poser la question : qui aujourd'hui ne connaît pas ce nom ? Massacre à la tronçonneuse, The Texas Chainsaw Massacre, Blutgericht in Texas, La matanza de Texas… Pour le monde entier ce nom résonne comme quelque chose de terrifiant. Mais qu'est-ce qui rend ce film si spécial ? Que s'est-il passé pour qu'un simple film marque à ce point la culture populaire ?


Un mythe peu en inspirer un autre…

Le film commence par un texte avertissant le spectateur et dont je vous propose une traduction approximative ci-dessous.


"The film which you are about to see is an account of the tragedy which befell a group of five youths, in particular Sally Hardesty and her invalid brother, Franklin. It is all the more tragic in that they were young. But, had they lived very, very long lives, they could not have expected nor would they have wished to see as much of the mad and macabre as they were to see that day. For them an idyllic summer afternoon drive became a nightmare. The events of that day were to lead to the discovery of one of the most bizarre crimes in the annals of American history, The Texas Chain Saw Massacre"

"Le film que vous allez voir relate la tragédie qui a frappé un groupe de cinq jeunes, en particulier Sally Hardesty et son frère invalide, Franklin. Cette histoire est d'autant plus tragique qu'ils étaient jeunes. Mais, aient-ils vécu une très très longue vie, ils n’auraient pas pu prévoir, ni n’auraient voulu voir cette folle macabre comme ils l’ont vu ce jour-là. Pour eux, un voyage lors d’un idyllique après-midi d’été est devenu un cauchemar. Les événements de ce jour-là ont conduit à la découverte de l'un des crimes les plus bizarres dans les annales de l'histoire américaine, Le Massacre à la tronçonneuse"

Ouverture du film (âmes sensibles s'abstenir)

En gros, on nous y explique que ce que l’on va voir est inspiré de faits réels, que c’était horrible et tout et tout. Enfin bref, le ton est donné. Ça va pas être beau à voir et en plus c’est plus ou moins vraiment arrivé.

L’histoire du film s’inspire en effet de la réalité. Plus exactement d’un tueur en série nommé Ed Gein. J’essaierai de vous faire un article sur ce charmant personnage qui a inspiré nombre de tueurs psychopathes du grand écran. Ce dernier est surtout connu pour avoir dépecé ses victimes ainsi que les cadavres fraîchement inhumés qu’il récupérait. Il gardait leur peau pour en faire des abat-jour et divers autres éléments de décoration. Comme je le disais, charmant personnage. Leatherface, le célébrissime tueur à la tronçonneuse, doit son nom au masque de peau qu’il porte. Cette caractéristique est clairement inspirée de notre ami Ed Gein.

Un film fondateur…

Avec The Texas Chainsaw Massacre, Tobe Hooper révolutionne le cinéma de genre en proposant quelque chose qui n’avait jamais vraiment été vu auparavant : le slasher. Pour ceux qui ne sont pas des experts de l’horreur, et je sais que vous êtes nombreux à ne pas partager mon enthousiasme pour ce qui est du sang, de la souffrance, des monstres, esprits, démons, fantômes et autres tueurs psychopathes, nous allons faire une petite parenthèse.

Alors pour faire un Slasher c’est très simple. Il vous faut des jeunes, un peu dans le genre American Pie. Il est très important que ces jeunes soient stupides ! Tous, sauf une. Voilà nous avons notre héroïne. Elle est loin d’être la fille la plus cool du film mais c’est celle qu’on préfère, parce qu’elle est droite, qu’elle a des principes, qu’elle est un peu moins bête que les autres protagonistes et qu’elle est belle mais ne le sait pas. Voilà donc pour les victimes, c’était pas sorcier, hein Jamy !

Il nous faut maintenant un tueur. Il doit être mentalement dérangé, même très très très dérangé si possible. Il doit être quasiment indestructible, porter un masque et avoir une affection particulière pour les armes blanches.

Le pitch est simple. Nos jeunes se retrouvent entre eux (en général c’est soit pour faire la fête, soit pour faire des galipettes) et se font méthodiquement et violemment assassiner par le tueur psychopathe. Voilà le slasher pour ce qui est de la théorie. Pour que vous visualisiez mieux je peux citer Vendredi 13, Scream, Halloween ou encore la saga Freddy Krueger

Et c’est bel et bien une révolution dans le genre. Parce qu’outre le magistral Psychose du non moins magistral Alfred Hitchcock, "Massacre à la tronçonneuse" a été l’un des premiers films à mettre en scène un tueur armé d’un objet de tous les jours. C’est un tournant pour le genre horrifique car dorénavant, plus besoin de monstres ou de mort vivant pour faire peur, un cinglé armé d’un couteau, d’un pied de biche ou de quoi que ce soit d’autre que l’on peut trouver dans un garage et le tour est joué.

Alors bien sûr, il est très difficile de dire avec certitude quand a réellement été initié le genre mais l’usage veut que l’on considère « The Texans Chainsaw Massacre » comme l’œuvre fondatrice. En même temps quand on est réalisateur de slasher mieux vaut se placer comme héritier de « Massacre à la tronçonneuse » plutôt que comme admirateur d’un obscure film de série B novateur certes, mais oubliés de tous.

Car c’est un fait, tout le monde connaît « Massacre à la tronçonneuse » ! Les personnes qui ont vu l’original (dont je fais désormais partie) sont beaucoup moins nombreuses mais faut-il nécessairement qu’un film soit vu pour qu’il entre dans l’Histoire ? Preuve est faite que non. Des cours d’écoles aux maisons de retraite, à Paris comme dans la Creuse, difficile de trouver une personne qui ne connaisse pas le film.

Un contexte historique majeur…

Quand on le replace dans son contexte on se rend mieux compte de la résonnance qu’a pu avoir le film à l’époque. En effet, nous sommes au cœur d’une période cruciale pour les Etats-Unis d’Amérique. Nous somme en 1974, le traumatisme que constitue la guerre de Vietnam est dans tous les esprits et le scandale du Watergate est remonté jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir poussant le président Nixon à la démission début août 1974. C’est dans ce contexte plus que tendu qu’est sorti « The Texas Chainsaw Massacre » pour la première fois, plus exactement le 1er octobre 1974.

Le contexte politique permet bien évidemment de remettre en perspective la portée sociologique du film. Voyons l’état de cette famille, dégénérée, folle et malsaine, comme une allégorie de l’état du monde politique et même de la société américaine de l’époque. Le film dans son entier a d’ailleurs été interprété comme la critique sociétale d’une époque décadente où l’Amérique envoyait ses enfants se faire massacrer au Vietnam. C’est glauque, sale et pas vraiment glorieux. Tout comme Leatherface, certains hommes politiques n’avaient pas peur de se salir les mains, sans aller jusqu’à suspendre leurs adversaires à des crocs de boucher mais quand même. Tiens d’ailleurs, scandale politique et croc de boucher ça me rappelle quelque chose… Spécial dédicace à N.S. et D.d.V. Nous clorons sur cette blagounette en disant simplement que ce n’est pas uniquement grâce à ses caractéristiques cinématographiques que « Massacre à la tronçonneuse » est devenu culte. Je dirais même que se sont avant tout les histoires qui entourent le film qui l’ont rendu historique à son tour.

Un mythe dès le tournage…

Le tournage a eu lieu au Texas, plus exactement à Austin, Bastrop et Round Rock pendant l’été 1973. Initialement prévu pour durer 7 jours, les enregistrements se sont finalement étalés sur plus d’un mois à cause d’un budget serré et de divers événements imprévus, survenus sur le tournage.

Le mythe qui entoure le film doit beaucoup à ce tournage qui a profondément marqué tous ceux qui y ont participé. En effet, l’été de l’an 1973 fut caniculaire au Texas avec des températures atteignant allégrement les 40°C. La petite ville de Round Rock où se situe la ferme qui sert de décor au film a également connu cet été là, des taux d’humidités proche des 100%, attirant les insectes et rendant l’air absolument irrespirable. Enfin, pour parachever ces conditions infernales, imaginez l’odeur pestilentielle que devaient dégager les ossements et autres cadavres d’animaux servant d’accessoires pour le film. Eh oui, Tobe Hooper étant un réalisateur consciencieux et un peu à cours de moyens, pas question d’investir dans des accessoires en plastiques. Les vrais cadavres d’animaux ça coûte beaucoup moins cher et c’est plus réaliste. Dès lors on imagine assez bien les nausées qu’a pu provoquer ce mois de tournage. Télérama nous rapporte le témoignage de Dottie Pearl, maquilleuse sur le tournage :
«C'est malsain. Nous travaillons sur un film malsain et nous devenons malades. Nous avons tous un sentiment de dégoût par rapport à nous-mêmes.»
Bien sûr on n’aurait pas aimé y être mais on sait pertinemment que c’est grâce à ces conditions exécrables que le rendu final est aussi efficace.

Grâce aux conditions mais aussi à Tobe Hooper et Gunnar Hansen (Leatherface). En effet, ils se sont personnellement beaucoup invertis sur l’écriture et le tournage du film, poussant parfois les autres participants dans leurs derniers retranchements. Hansen avait décidé de ne jamais adresser la parole aux autres acteurs afin de conserver l’aura que lui conférait son rôle. A tel point que Marilyn Burns et les autres en était terrifiés. L’implication d’Hansen vis-à-vis de son personnage ne date pas du tournage. En effet, il a participé à la création de Leatherface et s’est énormément investi pour le rôle. C’est lui qui a voulu que Leatherface soit handicapé mental et afin de mieux coller à la vision qu’il avait du personnage, il s’est rendu dans des institutions pour handicapés mentaux où il s’est imprégné de la façon qu’ont ces personnes de s’exprimer et de se mouvoir.

De son côté Hooper maltraitait en permanence ses acteurs pour les maintenir dans un état de tension et de fatigue extrême. Marilyn Burns racontera d’ailleurs une anecdote autour de la scène que j’appellerai « scène du repas de famille ». Elle et Hansen racontent qu’il a fallu 26 heures de tournage pour enregistrer ces 5 minutes de film. Eprouvant il est vrai, d’autant plus que, pendant cette scène, Sally est ligotée à une chaise, à la merci d’une famille de psychopathes cannibales dégénérés en pleine frénésie meurtrière. Je vous laisse imaginer le trauma émotionnel qu’ont pu représenter ces 26 heures de tournage pour l’actrice. Le résultat à l’écran est d’ailleurs absolument hallucinant. La terreur qu’exprime le regard de Marilyn Burns ne semble pas feinte, elle ne l’est sans doute pas d’ailleurs, Burns est bel et bien au bord de la crise hystérique aigue, la respiration haletante, la bave aux lèvres et les yeux injectés de sang…

Les incidents de tournage participent eux aussi à la légende du film. En effet, Marilyn Burns (encore elle) s’est blessée en tournant la scène de la poursuite dans les ronces avec Leatherface (scène sur laquelle on reviendra). Selon la légende, une partie du sang qui macule ses vêtements ne serait donc pas faux mais bel et bien le sang de la jeune actrice. Un réalisme à faire froid dans le dos.

Burns ne fut pas la seule à se faire mal pendant le tournage. En effet, pour plus de réalisme, les bruitages de tronçonneuse sont presque tous intradiégétiques, ce qui veut dire que de vraies tronçonneuses tournaient sur le plateau. Et bien sûr, à faire tournoyer une tronçonneuse en marche au-dessus de sa tête, on finit par se blesser. C’est ce qui est arrivé à Gunnar Hansen.

Vous l’aurez compris, le tournage de Massacre à la Tronçonneuse ne fut pas de tout repos pour ses participants. Le pire je pense, c’est que le film ne serait pas le chef-d’œuvre qu’il est si les conditions de tournage n’avait pas été aussi infernales. Ce sont sans doute ces conditions extrêmes qui donne au film ce côté si crade et malsain. C’est de ce genre d’anecdotes et d’histoires que naissent des légendes cinématographiques, d’autant plus quand l’homme qui dirige le tout est sans conteste très talentueux.

Une sortie mouvementée…

Jaquette de la première l'édition VHS
chez René Chateau
Le film débarque dans les salles américaines le 1er octobre 1974 avec une classification R, soit interdit au moins de 17 ans non accompagnés d’un adulte. Le peu de violence visible à l’écran dans « Massacre à la tronçonneuse » trouve d’ailleurs son origine dans cette classification car force est de le reconnaître, la violence de Massacre à la tronçonneuse est bien moins impressionnante que ce que laisse présager son titre. En effet, Tobe Hooper, à la recherche du plus large succès possible, souhaitait que le film soit classé PG-13 (Accord parental recommandé, film déconseillé au moins de 13 ans). Il a donc volontairement allégé la violence visible à l’écran, mais de mon point de vue, le film mérite amplement son classement R pour toute la perversion, l’ambiance malsaine et la violence morale et psychologique qu’il développe. Malgré ce classement, il rapportera 600 000 $ en quatre jours aux Etats-Unis. En France, il a été interdit après seulement une semaine d’exploitation. 5 ans plus tard, une sortie en VHS fut autorisée mais il fallut attendre 1982 pour enfin pouvoir voir le chef-d’œuvre en salle, à condition bien sûr d’avoir plus de 18 ans. A noté d’ailleurs que pour sa ressortie en 2014, le film était seulement interdit aux moins de 16 ans.

Et la France ne fut pas la plus restrictive en la matière. En Finlande, le film fut interdit dès sa sortie en 1974 et ne put être vu en salle que 22 ans plus tard en 1996. La censure la plus dure fut appliquée en Grande-Bretagne où le film est resté interdit de 1974 à 1999. Tout ceci fait de « Massacre à la tronçonneuse » un des films les plus censurés de l’histoire du cinéma et cela participe évidemment à sa légende.

Pour finir…

The Texas Chainsaw Massacre est un chef-d’œuvre. Un chef-d’œuvre du cinéma d’horreur mais avant tout du cinéma en général. La mise en scène atteste d’une absolue maîtrise de la part de Tob Hooper, les acteurs semblent vraiment terrorisés et à bout de force (mais ça c’est peut-être bien parce qu’ils le sont). Le cadrage est juste excellent quant à la manière qu’a Hooper de jouer avec la lumière, c’est quelque chose de rare dans un film de genre. Cette mise en scène plein de maîtrise en est non moins extrême. Pas vraiment dans ce qu’elle montre mais d’avantage dans sa façon de le montrer. La caméra est aussi folle que les monstres qu’elle film, se laissant parfois aller à de très gros plan des visages terrorisés des victimes ou bien de ceux des tueurs.

Et pour illustrer la virtuosité d’Hooper, reparlons un peu de la scène de la poursuite dans les ronces. Sally est poursuivie par Leatherface aux abords de la ferme. Ce dernier fait vrombir sa tronçonneuse et se rapproche de plus en plus de la jeune fille. Il se rapproche sans jamais la rattraper, si bien que la tension monte de plus en plus dans le public. A un certain moment elle est tellement insoutenable qu’on en vient presque à souhaiter que Sally se fasse attraper une bonne fois pour toute, mais comme à chaque fois elle s’en sort de justesse.

Quoi qu’on en dise, quoi qu’on en pense, « Massacre à la tronçonneuse » reste un film culte et il n’est pas nécessaire d’aimer le cinéma d’horreur pour le reconnaître…

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