mardi 15 avril 2014

Rétro Darren Aronofsky #4 Le Lion d'Or et après...

Nous voici à la fin de cette série consacrée à Darren Aronofsky. Quatre articles pour résumer une carrière qui dure depuis déjà 16 ans et 6 long-métrages (depuis la sortie de Noé). Une carrière au cours de laquelle le réalisateur américain s’est distingué comme un grand talent du cinéma contemporain. Pour s’en persuader il suffit de regarder la note moyenne qu’il obtient sur Allociné (France) et sur Rotten Tomatoes (USA) : 3,76/5 pour la France et 80,2% de critique positive sur le site américain. Des résultats impressionnants qui résultent selon moi de sa capacité à rassembler critiques et spectateurs lambda. Oui, si je devais résumer Darren Aronofsky, je dirais qu’il rend le grand cinéma accessible au grand public. Certains trouvent que cela rend ses films emphatiques et prétentieux. Je leur dirais simplement qu’en effet, parfois, Aronofsky force le trait, mais d’un autre côté cela permet à un public non averti de profiter quand même de toute l’ampleur du film. Nous ne sommes pas dans un certain snobisme cinéphile qui peut toucher parfois le cinéma d’auteur. Ce que je veux dire c’est que ce n’est pas parce qu’un film est long, chiant et signé par un pote des Cahiers du cinéma (3) que c’est forcément un bon film ! Attention je ne dis pas pour autant qu’il faut dédaigner le film d’auteur. Il y a un juste milieu à trouver entre commercial et artistique et je trouve que cet équilibre ressort particulièrement bien dans le cinéma d’Aronofsky. Enfin, comme je vous le disais au début je ne suis pas très objectif, mais en même temps, est-ce que c’était vraiment le but de cette série ?

Enfin bon, aujourd’hui on s’intéresse à la période la plus récente de la carrière de Darren Aronofsky qu’on pourrait appeler la période Lion d’or. Après l’accueil mitigé reçu par The Fountain à sa sortie,


C’est le seul film de Darren Aronofsky pour lequel Matthew Libatique ne dirige pas la photographie. Aronofsky a d'ailleurs déclaré qu'il avait "fait appel à la directrice de la photo Maryse Alberti qui a collaboré à beaucoup de documentaires." Ainsi il a obtenu le ton beaucoup plus réaliste et naturel qu'il recherchait sur The Wrestler. Un style visuel très en vogue à Hollywood et qui se retrouve notamment sur The Place Beyound the Pines – que j'ai déjà chroniqué – sur 8 Mile ou encore sur Fighter. Et ces trois films ont tous en commun avec The Wrestler de dépeindre la vie dans les ghettos blancs au USA, l'Amérique White trash si vous préférez. Et donc le travail de Maryse "La documentariste" Alberti se ressent sur le projet par un éclairage beaucoup plus naturel que celui de Libatique et par l'utilisation récurrente de la caméra à l'épaule, eh ouais on n’a pas forcément de steadicam sur un documentaire.
Et il en va de même pour la bande son qui se compose de nombreux morceaux qui ne sont pas signés Clint Mansell bien que ce dernier soit crédité au générique en temps que compositeur du film. Le thème principal de la bande-annonce, qui est aussi la chanson du générique de fin, a été composée et interprétée par Bruce Springsteen. Enfin voilà, on se rend bien compte que sur ce film, Aronofsky a envie de faire autre chose, quelque chose de vraiment différent que la pléthore d'effets de style qu'on lui connaît habituellement. Ça a moyennement plu à certains, dont moi, mais globalement c'est une démarche qui a séduit la presse et le public au point qu'Aronofsky se verra remettre le lion d'or (prix récompensant le meilleur film en compétition) à la Mostra de Venise en 2008. Le président du jury Wim Wenders a même précisé que Mickey Rourke aurait remporté le prix du meilleur acteur si le règlement du festival n'avait pas stipulé qu'un film ne pouvait être récompensé deux fois. Mais ce n'était que partie remise puisque quelques mois plus tard, Mickey Rourke obtenait le Golden Globe du meilleur acteur dans un film dramatique. Il remporte aussi le prix de meilleur acteur aux BAFTA. Il passe malheureusement à côté de l'Oscar qui est, en cette année 2009, attribué à Sean Penn pour son interprétation du politicien gay Harvey Milk.
The Wrestler marque donc la consécration de Darren Aronofsky autant que la renaissance de Mickey Rourke après une longue traversée du désert. Par la suite Darren Aronofsky est sollicité pour réaliser un remake de Robocop, mais le projet est finalement abandonné par la MGM pour des raisons financières. Suite au succès de The Wrestler, Aronofsky ne perd pas de temps et embraie directement avec le tournage de Black Swan, un thriller psychologique sur une danseuse de ballet. C’est le retour de Matthew Libatique à la photo et ça se ressent vraiment. On n’est pas loin de l’éclairage très appuyé qu’on avait sur The Fountain même si ici, le film parrait tout de même plus naturel. Sur ce film Atronofsky s’est offert les services de Benjamin Millepied, chorégraphe et danseur français qui prendra en octobre prochain la tête du ballet de l’opéra de Paris, rien que ça. Et c’est David Stein qui tenait le poste de directeur artistique. Rien de bien notable au sujet de ce dernier, si ce n’est qu’avant Black Swan il avait travaillé sur Eternal Sunshine of the Spotless Mind et qu’après Black Swan, il a officié sur 12 Years a Slave. Mais revenons-en au film. Si vous ne l’avez pas vu et que vous ne connaissez pas non plus Le Lac des cygnes sachez qu’il s’agit d’un grand classique du ballet dont la musique a été écrite par Tchaïkovski et qui a été créé (joué pour la première fois) par la troupe du ballet du Bolchoïl. C’est l’histoire d’une jeune femme transformée en cygne par un sorcier et que seul l’amour peut libérer de ce maléfice. Un prince tombe amoureux d’elle mais sa jumelle maléfique, le cygne noir, prend sa place à l’insu du prince. Il existe ensuite plusieurs fins mais dans celle présentée dans le film, la jeune fille, ivre de désespoir, se suicide en se jetant dans le lac. Je vous raconte tout ça parce que dans le film, tout tourne autour de cette histoire. En effet, l’histoire de la danseuse, Nina, n’est autre qu’une mise en abyme du Lac des cygnes. Il y a Nina, le cygne blanc, Lili, le cygne noir et Thomas, le beau prince. Et pour se transcender et sortir de sa condition de simple danseuse du corps de ballet, elle doit gagner l’amour de Thomas et devancer sa rivale, Lili. Certains diront que cette mise en abyme est trop évidente. Je dirais plutôt qu’elle est mise à la portée du grand public comme toujours chez Aronofsky. Le scénario est d’une rare intelligence et permet au spectateur de se sentir lui-même intelligent. Cette qualité d’écriture a été un peu boudé par les grands festivals mais a remporté de nombreux prix même si ceux-ci sont moins prestigieux que les Oscars ou les Golden Globes.
Cette qualité du scénario s’accompagne d’une véritable virtuosité du cadrage et des mouvements de caméra dont fait preuve Aronofsky. La première scène en est un parfait exemple. On y voit Nathalie Portman (Nina) sur scène, en train de danser avec un homme. La caméra tourne autour des deux personnages en sens inverse donnant une impression de vitesse et une grande fluidité au mouvement. Le cadre nous dévoile tour à tour le bas et le haut du corps de la danseuse laissant ainsi apparaître toute la beauté et la magie d’un art parfois un peu trop imperméable aux non-danseurs. La caméra virevolte dansant littéralement avec les danseurs (c’est bien stable et bien fluide steadicam sans aucun doute), bref dès le premier plan Aronofsky annonce la couleur, on est dans un film de danse, on va y voir de la danse même avec la caméra. Tout au long du film sont distillés de petits effets sonores qui nous rappellent le côté fantastique de ce thriller. L’éclairage est théâtral, les costumes marquent d’emblée les rôles des personnages (pendant presque tout le film Nathalie Portman est en blanc et Mila Kunis en noir). Vous l’aurez compris, c’est exceptionnel de maitrise, de créativité de virtuosité… Et la critique ne s’y est pas trompée. L'IMDB lui accorde la note de 8/10. Et sur Allociné la presse donne au film un très bon 4,1/10. La presse a surtout salué la performance de Nathalie Portman. Certes elle est excellente mais, pour moi, le film repose essentiellement sur le talent d'Aronofsky.
Voilà on arrive au bout de notre voyage à travers la carrière de l'un des meilleurs réalisateurs en exercice, j'espère qu'il vous aura été agréable. Mais je vous reparlerai d'Aronofsky très prochainement avec une critique de Noé.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire