Nous voici à la
fin de cette série consacrée à Darren Aronofsky. Quatre articles pour résumer
une carrière qui dure depuis déjà 16 ans et 6 long-métrages (depuis la sortie
de Noé).
Une carrière au cours de laquelle le réalisateur américain s’est distingué
comme un grand talent du cinéma contemporain. Pour s’en persuader il suffit de
regarder la note moyenne qu’il obtient sur Allociné
(France) et sur Rotten Tomatoes
(USA) : 3,76/5 pour la France et 80,2% de critique positive sur le site
américain. Des résultats impressionnants qui résultent selon moi de sa capacité
à rassembler critiques et spectateurs lambda. Oui, si je devais résumer Darren
Aronofsky, je dirais qu’il rend le grand cinéma accessible au grand public.
Certains trouvent que cela rend ses films emphatiques et prétentieux. Je leur
dirais simplement qu’en effet, parfois, Aronofsky force le trait, mais d’un
autre côté cela permet à un public non averti de profiter quand même de toute
l’ampleur du film. Nous ne sommes pas dans un certain snobisme cinéphile qui
peut toucher parfois le cinéma d’auteur. Ce que je veux dire c’est que ce n’est
pas parce qu’un film est long, chiant et signé par un pote des Cahiers du cinéma (3) que c’est
forcément un bon film ! Attention je ne dis pas pour autant qu’il faut
dédaigner le film d’auteur. Il y a un juste milieu à trouver entre commercial
et artistique et je trouve que cet équilibre ressort particulièrement bien dans
le cinéma d’Aronofsky. Enfin, comme je vous le disais au début je ne suis pas
très objectif, mais en même temps, est-ce que c’était vraiment le but de cette
série ?
Enfin bon,
aujourd’hui on s’intéresse à la période la plus récente de la carrière de
Darren Aronofsky qu’on pourrait appeler la période Lion d’or. Après l’accueil mitigé reçu par The Fountain à sa sortie,
C’est le seul
film de Darren Aronofsky pour lequel Matthew Libatique ne dirige pas la
photographie. Aronofsky a d'ailleurs déclaré qu'il avait "fait appel à la directrice de la photo Maryse Alberti qui a
collaboré à beaucoup de documentaires." Ainsi il a obtenu le ton
beaucoup plus réaliste et naturel qu'il recherchait sur The Wrestler. Un style
visuel très en vogue à Hollywood et qui se retrouve notamment sur The Place
Beyound the Pines – que j'ai déjà chroniqué – sur 8 Mile ou encore sur Fighter.
Et ces trois films ont tous en commun avec The Wrestler de dépeindre la vie
dans les ghettos blancs au USA, l'Amérique White
trash si vous préférez. Et donc le travail de Maryse "La
documentariste" Alberti se ressent sur le projet par un éclairage beaucoup
plus naturel que celui de Libatique et par l'utilisation récurrente de la
caméra à l'épaule, eh ouais on n’a pas forcément de steadicam sur un
documentaire.
Et il en va de
même pour la bande son qui se compose de nombreux morceaux qui ne sont pas signés
Clint Mansell bien que ce dernier soit crédité au générique en temps que compositeur
du film. Le thème principal de la bande-annonce, qui est aussi la chanson du
générique de fin, a été composée et interprétée par Bruce Springsteen. Enfin
voilà, on se rend bien compte que sur ce film, Aronofsky a envie de faire autre
chose, quelque chose de vraiment différent que la pléthore d'effets de style
qu'on lui connaît habituellement. Ça a moyennement plu à certains, dont moi,
mais globalement c'est une démarche qui a séduit la presse et le public au
point qu'Aronofsky se verra remettre le lion d'or (prix récompensant le
meilleur film en compétition) à la Mostra de Venise en 2008. Le président du
jury Wim Wenders a même précisé que Mickey Rourke aurait remporté le prix du
meilleur acteur si le règlement du festival n'avait pas stipulé qu'un film ne
pouvait être récompensé deux fois. Mais ce n'était que partie remise puisque
quelques mois plus tard, Mickey Rourke obtenait le Golden Globe du meilleur
acteur dans un film dramatique. Il remporte aussi le prix de meilleur acteur
aux BAFTA. Il passe malheureusement
à côté de l'Oscar qui est, en cette année 2009, attribué à Sean Penn pour son
interprétation du politicien gay Harvey Milk.
The Wrestler
marque donc la consécration de Darren Aronofsky autant que la renaissance de
Mickey Rourke après une longue traversée du désert. Par la suite Darren
Aronofsky est sollicité pour réaliser un remake de Robocop, mais le projet est
finalement abandonné par la MGM pour des raisons financières. Suite au succès
de The
Wrestler, Aronofsky ne perd pas de temps et embraie directement avec le
tournage de Black Swan, un thriller psychologique sur une danseuse de
ballet. C’est le retour de Matthew Libatique à la photo et ça se ressent
vraiment. On n’est pas loin de l’éclairage très appuyé qu’on avait sur The
Fountain même si ici, le film parrait tout de même plus naturel. Sur ce
film Atronofsky s’est offert les services de Benjamin Millepied, chorégraphe et
danseur français qui prendra en octobre prochain la tête du ballet de l’opéra
de Paris, rien que ça. Et c’est David Stein qui tenait le poste de directeur
artistique. Rien de bien notable au sujet de ce dernier, si ce n’est qu’avant Black
Swan il avait travaillé sur Eternal Sunshine of the Spotless Mind
et qu’après Black Swan, il a officié sur 12 Years a Slave. Mais
revenons-en au film. Si vous ne l’avez pas vu et que vous ne connaissez pas non
plus Le Lac des cygnes sachez qu’il
s’agit d’un grand classique du ballet dont la musique a été écrite par Tchaïkovski et qui a été créé (joué
pour la première fois) par la troupe du ballet du Bolchoïl. C’est l’histoire d’une jeune femme transformée en cygne
par un sorcier et que seul l’amour peut libérer de ce maléfice. Un prince tombe
amoureux d’elle mais sa jumelle maléfique, le cygne noir, prend sa place à
l’insu du prince. Il existe ensuite plusieurs fins mais dans celle présentée
dans le film, la jeune fille, ivre de désespoir, se suicide en se jetant dans
le lac. Je vous raconte tout ça parce que dans le film, tout tourne autour de
cette histoire. En effet, l’histoire de la danseuse, Nina, n’est autre qu’une
mise en abyme du Lac des cygnes. Il y
a Nina, le cygne blanc, Lili, le cygne noir et Thomas, le beau prince. Et pour
se transcender et sortir de sa condition de simple danseuse du corps de ballet,
elle doit gagner l’amour de Thomas et devancer sa rivale, Lili. Certains diront
que cette mise en abyme est trop évidente. Je dirais plutôt qu’elle est mise à
la portée du grand public comme toujours chez Aronofsky. Le scénario est d’une
rare intelligence et permet au spectateur de se sentir lui-même intelligent.
Cette qualité d’écriture a été un peu boudé par les grands festivals mais a
remporté de nombreux prix même si ceux-ci sont moins prestigieux que les Oscars
ou les Golden Globes.
Cette qualité du
scénario s’accompagne d’une véritable virtuosité du cadrage et des mouvements
de caméra dont fait preuve Aronofsky. La première scène en est un parfait
exemple. On y voit Nathalie Portman (Nina) sur scène, en train de danser avec
un homme. La caméra tourne autour des deux personnages en sens inverse donnant
une impression de vitesse et une grande fluidité au mouvement. Le cadre nous
dévoile tour à tour le bas et le haut du corps de la danseuse laissant ainsi
apparaître toute la beauté et la magie d’un art parfois un peu trop imperméable
aux non-danseurs. La caméra virevolte dansant littéralement avec les danseurs
(c’est bien stable et bien fluide steadicam sans aucun doute), bref dès le
premier plan Aronofsky annonce la couleur, on est dans un film de danse, on va
y voir de la danse même avec la caméra. Tout au long du film sont distillés de
petits effets sonores qui nous rappellent le côté fantastique de ce thriller.
L’éclairage est théâtral, les costumes marquent d’emblée les rôles des
personnages (pendant presque tout le film Nathalie Portman est en blanc et Mila
Kunis en noir). Vous l’aurez compris, c’est exceptionnel de maitrise, de
créativité de virtuosité… Et la critique ne s’y est pas trompée. L'IMDB lui
accorde la note de 8/10. Et sur Allociné la presse donne au film un très bon
4,1/10. La presse a surtout salué la performance de Nathalie Portman. Certes
elle est excellente mais, pour moi, le film repose essentiellement sur le
talent d'Aronofsky.
Voilà on arrive
au bout de notre voyage à travers la carrière de l'un des meilleurs
réalisateurs en exercice, j'espère qu'il vous aura été agréable. Mais je vous
reparlerai d'Aronofsky très prochainement avec une critique de Noé.
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