dimanche 19 octobre 2014

Gone Girl : Super Fincher est de retour

Un Fincher qui sort c'est toujours un événement pour moi. Parce qu'il faut bien le dire, après bientôt 30 ans de carrière et une dizaine de longs métrages, les déceptions ont été rares. Et ce n'est pas avec Gone Girl que les choses vont changer. Parce que c'est pour ce genre de film que j'aime le cinéma. En réalité le moment que je préfère c'est la sortie de la salle. Je sors de ma torpeur et je commence à réfléchir en marchant. C'est à ce moment là que je me rends réellement compte de la qualité de l'œuvre (œuvre est parfois un bien grand mot) que je viens de voir. Et un grand film, c'est un film qui ne vous laisse pas sortir de la salle comme vous y êtes entré. Un grand film ça marque, ça choque, ça émeut, ça fait réfléchir… Et c'est bien pour ce genre de film que j'aime le cinéma. Et là avec Gone Girl, Fincher nous offre encore une fois un film démontrant son talent.

                Mais par où commencer ? Eh bien par le début, c'est ce qui me parait le plus logique. Comme à son habitude, le réalisateur américain donne le ton dès le générique. J'invite tous ceux qui ne voient pas de quoi je parle à revoir le générique de Fight Club, ou à voir le film en entier si, par un incommensurable malheur ce n'est déjà fait. Retour à Gone Gril, alors que les noms des acteurs et des principaux membres de l'équipe technique défilent, je suis déjà subjugué par la beauté de l'image. La lumière est juste exceptionnelle, comme toujours. Je dis comme toujours parce que c'est grâce à Fincher que j'ai compris à quoi ça servait d'éclairer un film et le rôle majeur que ça pouvait avoir sur ce que ressent le spectateur. C'était devant Seven, je m'en souviens comme si c'était hier. L'éclairage c'est super important parce que ça donne un "ton" à l'image. Comme une chanson en majeur paraîtra plus joyeuse qu'une chanson écrite en mineur (je schématise, je ne suis plus trop calé solfège), un film peut paraître oppressant, onirique, triste… et ce juste grâce au cadre et à la lumière. Et il y a justement un mec qui est chargé de superviser ça, le directeur de la photographie. C'est lui qui est chargé de transformer des gens qui bougent et qui parlent devant une caméra en une image qui retranscrit la vision du réalisateur. Fin de la parenthèse technique. Je disais donc, dès le générique de Gone Girl, on sent la maîtrise d'un grand réalisateur. Précisons d'ailleurs que c'est  Jeff Cronenweth qui assure la direction de la photo sur Gone Girl, tout comme sur Millenium, The Social Network ou encore Fight Club.
                L'écriture est aussi d'une grande qualité, mais c'est à un auteur ou plutôt à une auteur qu'on le doit, Gillian Flynn qui a transposé son propre best-seller en scénario. Et elle l'a fait avec brio. L'histoire bien que non linéaire est limpide et la lecture du journal intime d'Amy apporte tour à tour éclairages puis doutes sur les événements.

ATTENTION SPOILER

Et quand je parle de doutes et d'éclairages, je veux bien sûr parler de l'image qu'on se fait du mariage de Nick et Amy cette dernière passant de femme épanouie, à victime de violence puis à garce manipulatrice sans cœur jusqu'à nous apparaitre comme totalement folle à lier. J'aurais d'ailleurs renommé le film : "Pourquoi ne jamais se marier avec une femme plus intelligente que soi." Je fus relativement étonné de découvrir, en préparant cette critique, que le scénario avait été écrit par une femme. Parce que globalement dans ce film les rôles féminin sont plutôt négatifs. Amy est l'odieuse garce que l'on sait, la maitresse de Nick ne semble pas avoir beaucoup de scrupules à coucher avec un homme marié (et son credo c'est même "Gicle-moi dessus" si on en croit Amy). Même l'officier Boney qui est l'agent chargée de l'enquête bien que relativement intègre est incompétente. Il n'y a bien que Margo, la jumelle de Nick pour rattraper la condition féminine dans tout ça. D'un autre côté nous avons aussi les sombres idiots, comme l'assistant flic (enfin il seconde Boney quoi) ou l'amour de lycée d'Amy, qui ne peuvent imaginer une femme qu'en victime sans se douter une seconde qu'elle puisse être garce et manipulatrice. Enfin bref, Gone Girl n'est pas sympa à l'encontre des hommes, des femmes mais surtout des relations qu'ils entretiennent.

FIN DU SPOILER

Avant de conclure je voudrais vous parler un peu du casting. Ben Affleck, un acteur et un réalisateur dont j'aime beaucoup le travail, a choisi de repousser la réalisation d'un nouveau film pour tourner avec Fincher. Un réalisateur qui repousse son propre projet pour se mettre au service de celui d'un autre en temps qu'acteur, c'est quand même pas rien (même si Ben Affleck est au moins autant acteur que réalisateur). Le problème fut, semble-t-il, beaucoup plus épineux en ce qui concerne le rôle d'Amy Dunne. En effet, de nombreuses actrices ont été évoquées dont Nathalie Portman, Charlize Theron (qui aurait été vraiment super dans ce rôle selon moi) ou encore Olivia Wilde. Mais finalement Rosamund Pike s'est montré tout à fait à la hauteur du rôle clé du film.


Finalement, Gone Girl c'était trop cool ! Beau visuellement, parlant sur le plan émotionnel, et même drôle parfois grâce à quelques bonnes répliques et touches d'ironie très bien placées. Bref un très bon film. Et le public ne s'y est pas trompé puisque dès sa première semaine d'exploitation, le film avait déjà réalisé plus de 500 000 entrées ce qui le plaçait alors en tête du box-office français.

lundi 13 octobre 2014

Annabelle : On aurait mieux fait de t'offrir une Barbie !

Quel ne fut pas mon étonnement quand j'ai vu la foule massée devant la salle 12 du Pathé Vaise. Une salle archicomble pour un film d'horreur, étonnant ! Certes nous somme en première semaine d'exploitation mais c'est tout de même la première fois que je vois une salle aussi pleine pour un film de genre. Même le premier Paranormal Activity n'avait pas rassemblé autant de monde. Ceci dit, l'énorme campagne de communication mise en œuvre par la Warner explique sans doute cet étrange phénomène. Enfin bref, la salle s'ouvre enfin je m'installe, les lumières s'éteignent et c'est parti.
Petit rappel du contexte: Annabelle de John R. Leonetti est un spin-off de Conjuring de James Wan sortie l'an dernier. James Wan a qui on doit entre autres Insidious et le premier volet de la saga Saw. Donc voilà, James Wan c'est du lourd et du coup je m'attendais à ce qu'Annabelle ça le soit aussi et je n'ai pas été déçu. On retrouve tout ce qui avait fait la qualité de Conjuring, l'éclairage, l'ambiance oppressante, la musique grinçante, et l'entité démoniaque qu'on aperçoit furtivement lorsqu'elle sort de l'ombre. Alors globalement le film est propre, c'est soigné, c'est efficace et bien rythmé mais sans en faire trop ce qui est très important parce que quand on veut trop en faire dans le cinéma d'horreur on finit vite par faire du Scary Movie, ce qui n'est pas le but recherché au départ. Mais ici ça va, la musique soutient parfaitement les moments de tension, les images sont belles, les jumps scare sont bons et surtout utilisés à bon escient, certaines scènes vous laissent même littéralement collé au siège. Un bon moment donc, 1h38 de frissons, il fallait tout de même souligner ce bon point.
Oui mais voilà (parce qu'il faut toujours qu'il y ait un "oui mais" dans une critique), à force de faire exactement ce qu'on attend de lui, Leonetti cesse de nous surprendre. Annabelle est un bon film d'horreur, aucun souci là-dessus mais pour l'innovation et l'originalité il faudra repasser. Le film tombe assez vite dans la facilité en reprenant la trame universelle du film d'horreur:
1.    Grosse catastrophe traumatisante (le meurtre des voisins)
2.    Retour au calme et premières manifestations étranges
3.    Ah là ça devient carrément flippant et personne veut me croire
4.    Ok pas grave je vais aller faire mes propres recherches
5.    Ah ok c'est donc un truc super méchant qui me veut vraiment du mal
6.    Ca y est les gens me croient mais c'est trop tard tout part en c***
7.    Ouf finalement on s'en sort plutôt pas mal même s'il y a eu deux ou trois morts
Pièce à conviction suivante, l'accumulation d'éléments clichés du cinéma d'horreur comme les prêtres, les poupées, les démons, les sectes, les sataniques en chemise de nuit, les dessins au sang sur les murs et j'en passe. En fait ce film c'est un peu comme un mec qui fait trop de zèle, au début on le trouve cool puis au bout d'un moment ça devient un peu chiant.
Alors vous allez me dire que je suis dur, que de toute façon il n'y a pas des milliers de manières de faire de l'épouvante et qu'on tourne toujours autour des mêmes thèmes et des mêmes ressorts narratifs. Alors oui, je suis d'accord, et j'y ai pensé quand j'ai écrit tout ce qui était au dessus. Le problème c'est que l'ombre de James Wan plane sur le film, par moment j'ai cru voir du Insidious ou du Cojuring et c'est encore plus frappant quand on sait que James Wan est producteur sur Annabelle. Mais malheureusement comme à chaque fois que Wan invente un univers avant de le laisser à quelqu'un d'autre pour une suite, un préquel ou un spin-off, le premier est toujours le meilleur, mais les films suivants sont rarement très mauvais. Je m'explique, personne ne fera jamais du James Wan comme James Wan, par contre imiter James Wan c'est facile et ça donne un film tout à fait potable (c'est ce qui se passe pour une grande partie de la saga Saw). Car quand on y regarde de plus près, Wan a réalisé trois des meilleurs films d'épouvante de ces 10 dernières années: Saw, Insidious et Conjuring. C'est mon avis mais aussi celui d'Allociné, ce qui lui donne tout de suite beaucoup plus de crédibilité. Sur ces trois films aucune moyenne ne tombe en dessous de 3/5 que ce soit côté spectateurs ou critiques. Donc voilà, James Wan est très bon et un cinéaste qui s'en inspire a de grande chance de faire un film d'horreur potable. Quand je dis potable c'est parfois tout juste potable mais bon, il y a tellement de daube dans le cinéma de genre qu'un film potable c'est déjà ça.

Au final ce que je reproche à Leonetti sur Annabelle c'est d'avoir choisi la facilité en reprenant les recettes qui avaient marché dans Conjuring. Mais finalement si le film est bon, et vu les hurlements dans la salle il l'était, de quoi je me plains moi. 

dimanche 5 octobre 2014

Les aventures de Winter le dauphin 2 : Les Bisounours, ça flotte !

Sortie de salle après L'incroyable histoire de Winter le dauphin 2 de Charles Martin Smith. Alors pour ceux qui ne connaissent pas, c'est l'histoire vraie de Sawyer, un jeune garçon passionné par les dauphins et en particulier par son amie Winter. Winter est une femelle dauphin recueillie par le Clearwater Marine Aquarium, une sorte d'hôpital pour animaux marins qui fait également aquarium. Bref, Winter et Sawyer sont les meilleurs amis du monde jusqu'au jour où Panama, la mère de substitution de Winter, meurt. Cette dernière se retrouve alors seule dans son bassin et se cache toute la journée au fond de l'eau sans même vouloir manger. La réglementation américaine veut qu'on ne puisse pas garder un dauphin seul en captivité. Winter sera donc transférée si l'équipe de l'aquarium ne lui trouve pas une nouvelle compagne. Ah oui, je ne vous l'ai pas encore dit mais à la fin du premier opus Winter est une superstar aux Etats-Unis. Parce que bon, des dauphins dans des aquariums il y en a plein, mais des dauphins amputés de la queue qui nagent avec une prothèse il y en a beaucoup moins. Winter est donc devenue une source d'inspiration pour tout un tas de gens.
Mon avis sur le film ? C'est trop ! Trop de bonnes intentions, trop de gentillesse. L'incroyable histoire de Winter le Dauphin 2 ce sont les Bisounours barbotant dans un bassin en Floride. Certes c'est un film familial à partir de 6 ans mais tout de même. Le roi lion est destiné à un public similaire et pourtant il développe de vrais enjeux avec de vrais méchants. Chez Winter le plus gros opposant à Sawyer et toute sa bande c'est un inspecteur des parcs animaliers. Winter et Sawyer sont tellement super trop sympas que même les opposants veulent les aider. Les personnages sont tellement tous trop gentil qu'on en vient à douter de la véracité de l'histoire. Et pourtant il s'agit bel et bien d'une histoire vraie ! Si tous les habitants sont comme les personnages du film je n'aimerais vraiment pas habiter à Clearwater, Floride. Selon moi ce n'est pas rendre service aux enfants que de leur proposer une version à ce point factice de la réalité. Ca ne colle pas ! Prenons le scénario, on va se faire une rapide révision de nos cours de collège sur le schéma narratif. Une histoire quelle qu'elle soit se compose comme suit : situation initiale, élément perturbateur, péripéties, élément de résolution, situation finale. Jusque là tout va bien. Les personnages sont répartis dans trois catégories : les personnages principaux (ici Sawyer et Winter) les adjuvants et les opposants. Et c'est précisément ici que se situ le problème dans ce film, les opposants ne sont pas crédibles ! Il semble évident que ça vient du fait que le film soit destiné aux enfants. Mais alors c'est encore pire ! Ce n'est pas juste un film sans intérêt, c'est un film sans intérêt qui tente de cacher aux enfants les aspects négatifs du monde où nous vivons. Je ne dis pas qu'il faudrait que Sawyer meurt noyé et que Winter se suicide, c'est pas comme ça que ça s'est vraiment passé en plus, mais au moins qu'on sente qu'il y a une galère quelque part !
Bref, au final je me suis bien ennuyé contrairement au petit garçon devant moi qui sautait de siège en siège. Jusqu'ici c'est plutôt une critique à charge, alors je vais tenter de nuancer un peu. L'inspiration qu'apporte Winter aux handicapés rend bien à l'écran, ça sonne juste, ça fait vrai. On a droit à quelques jolis plans en caméra sous-marine, mais bon c'est un minimum pour un film sur les dauphins et pour finir, le générique de fin. Non pas parce qu'il marque la fin de 107 minutes relativement longues mais parce qu'il est entrecoupé d'images d'archive du Clearwater Marine Aquarium. Et c'est là que je me suis vraiment rendu compte qu'en fait ce n'était pas du tout l'histoire qui était en cause, mais bien la manière de la raconter. Parce que dans ces quelques plans, il y avait plus d'émotion que dans tout le reste du film. La matière était donc là, il y avait probablement de quoi faire un bon film, mais Charles Martin Smith a manqué son coup.

lundi 22 septembre 2014

Sin City, J'ai tué pour elle : c'était mieux avant

Sortie de salle après Sin City: J'ai tué pour elle de Robert Rodriguez et Frank Miller. Pour ceux (peu nombreux j'espère) qui ne verraient pas de quoi je parle, petit rappel des faits. Sin City est adapté de The Hard Goodbye, une série de comics scénarisée et dessinée par Frank Miller et publiée dès avril 1991 aux USA. En 2005 c'est Robert Rodriguez acolyte de Quentin Tarantino qui entreprend de transposer l'univers visuel si particulier de Miller au cinéma avec la collaboration de ce dernier. Le film reçoit un excellent accueil aussi bien de la part des critiques que des spectateurs (78% d'avis positifs sur Rotten Tomatoes, 3,6/5 pour les critiques et 4/5 pour les spectateurs sur Allociné). Sin City est nommé pour la palme d'or à Cannes en 2005 et Robert Rodriguez y reçoit le Prix Vulcain de l'Artiste-Technicien. Au box-office le succès est également au rendez-vous avec plus de 1 200 000 spectateurs en France. Vous l'aurez compris, l'essai est transformé pour Rodriguez et Miller. Avec son casting exceptionnel et son originalité, Sin City entre directement au panthéon des films cultes du début du XXIe siècle. Il est aussi à noter que Quentin Tarantino himself a réalisé une des séquences du film pour un dollar symbolique, un argument marketing de poids pour la production. Fin de la minute culturelle, revenons-en au film qui nous intéresse aujourd'hui.

Depuis sa sortie en France mercredi dernier, Sin City: J'ai tué pour elle reçoit un accueil critique mitigé alors qu'il est encensé par les spectateurs. Pour ma part cette suite à un des mes films préférés fut une déception. Mais alors, est-ce que ça veut dire que je suis en train de devenir un critique, arrogant, plein de certitudes et tout ce qui va avec ? :o J'espère que non ! Le fait est qu'à la manière d'un ancien combattant ce film m'a laissé une impression persistante de "c'était mieux avant." Et pourtant je me suis rendu à cette séance avec toute la bienveillance du monde. Le premier volet était une claque, autant visuelle que scénaristique. C'était du jamais vu ! Tellement stylisé, transgressant toutes les règles de vraisemblance ou de bienséance ! Enfin bref, un film génial quoi. Le deuxième opus quant à lui n'est pas si éloigné du premier, et c'est peut-être bien ça le problème. Là où Sin City nous surprenait par son originalité et sa violence, Sin City: J'ai tué pour elle nous montre ce qu'on s'attendait à voir mais pas plus. Les cascades des Marv ont définitivement perdu toute crédibilité, Jessica Alba (Performance la plus sexy au MTV Movie Awards de 2005 pour Sin City) n'est plus aussi belle et désirable, Dwight McCarthy perd une bonne part de son charisme en passant de Clive Owen à Josh Brolin, Devon Aoki était mieux en petite chinoise tueuse… Le côté justicier sans peur que rien n'arrête et qui faisait la spécificité des personnages du premier film s'atténue également.
J'en veux pour preuve le personnage de Joseph Gordon-Levitt. Son arrivée au casting était pourtant pleine de promesse. Mais selon moi, le personnage de Johnny est trop faible trop impuissant pour s'intégrer à la pléiade de personnages hors du commun du premier volet. Alors vous me direz, c'est une adaptation du comics, Rodriguez et Miller en ont suivi le scénario, mais bon... Dans ce deuxième opus rien ne change vraiment mais tout est plus fade. Sin City: J'ai tué pour elle n'est pas un mauvais film, mais il n'est clairement pas à la hauteur de mes attentes.


A French Watcher

vendredi 16 mai 2014

Pas son genre : agréablement original

Aujourd’hui on va parler d’un film sorti il y a déjà deux semaines. J’ai eu la chance d’assister à l’avant première et de pouvoir rencontrer et questionner Lucas Belvaux, le réalisateur.

Le pitch du film est plutôt simple. Clément, jeune et brillant professeur de philosophie, se retrouve muté à Arras, Nord Pas de Calais. En temps que bon parisien qui se respecte, il est snob, hautain et méprisant envers la province et ses provinciaux. Et en temps qu’intellectuel, il est snob, hautain et méprisant en ce qui concerne la culture de divertissement. Kant vs Jennifer Aniston, pour Clément il n’y a même pas de match. D’ailleurs, l’héroïne de Lucas Belvaux s’appelle également Jennifer. Elle est coiffeuse, aime Anna Gavalda et les soirées karaoké avec ses amies. Deux personnages que tout oppose donc. Pas son genre est bien une comédie romantique, mais aussi un film qui interroge sur la capacité d’un couple à transcender les différences sociales et culturelles. Après tout, qu’est-ce qu’un prof de philo et une coiffeuse pourraient bien avoir à partager ? De l’amour, du sexe, quelques moments de bonheur ? Bien sûr certains diront que les personnages sont clichés et que la fracture sociale et intellectuelle entre eux est appuyée avec la délicatesse d’un troupeau d’éléphants. Mais après tout, cette fracture est le thème du film, il fallait bien qu’elle soit montrée, de manière rapide et évidente. De plus, il faut savoir que l’histoire originale n’est pas l’œuvre de Belvaux mais celle de l’auteur Phillippe Vilain. Le roman éponyme dont est tiré le film est sorti en 2011 et avait pour ambition de questionner l’importance du milieu social dans une histoire d’amour, exactement comme tente de le faire Belvaux dans le film. De ce point de vue l’adaptation est plutôt fidèle à l’œuvre originale.
Le jeu des acteurs et l’intelligence de l’écriture rendent particulièrement intéressantes les interactions entre Jennifer et Clément. Vous l’aurez compris, les acteurs sont une des grandes forces de ce film. En effet, Emilie Dequenne (Jennifer) est déjà une actrice confirmée, on a notamment pu la voir dans  Le Pacte des Loups de Christophe Gans. Loïc Corbery (Clément) vient quant à lui du théâtre et est sociétaire de la Comédie Française depuis 2005. D’ailleurs, Belvaux l’a choisi pour son aisance avec la lecture et les textes classiques entre autres, puisque plusieurs scènes de lecture jalonnent le film. « Il me fallait un comédien à l’aise avec les texte classique, qui sache en faire ressortir toute la poésie dès la première lecture » a déclaré Lucas Belvaux lors de l’avant-première en évoquant le choix de son comédien. Deux acteurs particulièrement bons, qui participent grandement à la qualité du film, d'autant plus que pour Belvaux, la direction d'acteur se limite au minimum, afin de laisser libre cours au jeu du comédien. Pourtant j’ai un avis très arrêté sur l'importance des acteurs. Proche de la Politique des auteurs, j'estime qu'un bon film l'est avant tout grâce à son réalisateur, l'acteur n'étant qu'un moyen d'expression pour se dernier au même titre que le cadrage, le montage ou l'éclairage. Je reste donc persuadé qu'un film ne peut pas être bon sans un bon réalisateur, même avec les plus grands acteurs. Cependant il faut savoir reconnaître une belle performance, et c'est ce que nous offrent Duquenne et Corbery.
Le scénario est intéressant autant grâce à ce qu'il raconte que grâce à comment il le raconte. En effet, comme les scènes de lecture, trois scènes de karaoké découpent le film. Trois chansons qui figurent l'état d'esprit de Jennifer au cours de l'histoire, comme une sorte d'indicateur d'humeur. La dernière scène du film succède justement à une de ces scènes de karaoké. Cette dernière amène à la perfection un twist final absolument génial. Mais vous n'en saurez pas plus.


On dira donc que Pas son genre est une très bonne surprise, une comédie romantique vraiment originale qui propose un vrai questionnement et pas juste une histoire hollywoodienne aseptisée. Un film qui fait plaisir à voir.

samedi 10 mai 2014

The Baby: un air de déjà vu

Bien sûr, quand je vais voir un film d'horreur, je sais plus ou moins à quoi m'attendre. C'est pourquoi un pitch classique est acceptable si d'autres choses  viennent compenser. Un super twist final, un méchant extrêmement charismatique ou de spectaculaires effets spéciaux par exemple. Le problème de The Baby, c'est qu'il n'y a rien de tout ça. Le film manque cruellement de surprise et d'inattendu, tout est joué d'avance, les situations sont vues et revues et rien ne vient relancer une intrigue qui stagne depuis le premier quart d'heure. Le sentiment de déjà vu est tel qu'on croirait voir un énorme patchwork empruntant aléatoirement à des films comme A l'intérieur, Le dernier exorcisme ou The House of the Devil. Les possessions démoniaques, les symboles mystiques et les sectes sataniques ça revient souvent dans le cinéma d'horreur et il devient très difficile d'en faire quelque chose d'original, même en utilisant le procédé du found footage comme c'est le cas pour The Baby. Ces dernières années en ont été l'âge d'or et les films utilisant le procédé se sont multipliés, en particulier dans le cinéma de genre. C'est d'ailleurs l'horreur qui avait démocratisé le concept de film trouvé avec des productions comme Le Projet Blair Witch ou Cannibal Holocaust. Lorsqu'il est bien utilisé, le found footage apporte un réalisme et une immersion qui renforce la peur chez le spectateur. Mais pour que cela marche, la mise en scène doit être totalement pensée dans ce sens en respectant les nombreuses contraintes nécessaires au réalisme du film. Une seule caméra, des scènes en plan séquence, pas de mouvement de caméra qui ne pourrait être réalisé avec un simple caméscope… Dans The Baby, on ne s'embarrasse pas de ce genre de chose. Le montage final contient des extraits de caméras de surveillance, de caméscopes d'autres personnes et même de caméras espionnes installées par les méchants. Tout ceci ruine totalement le côté film trouvé du long métrage, et on finit même par se demander si c'est par paresse ou par incompétence que ces erreurs ont été commises. Lorsqu'on fait abstraction du manque d'originalité et du problème de cohérence, il en reste un film très moyen mais pas mauvais. The Baby ne rentrera jamais dans l'histoire du cinéma, c'est certain. Mais grâce à quelques effets sympas (jump scares, scènes en caméra nocturne…) qui font monter un peu la tension de temps à autres, le film pourra convenir pour une petite soirée entre amis. Mais je vous préviens, les amateurs d'horreur seront déçus...

samedi 3 mai 2014

Noé : D pour déception

Oui mon dernier article commence à dater un peu. On s'était quittés sur une note plutôt négative avec un petit retour sur les Oscars 2011. Aujourd'hui ce n'est pas beaucoup mieux. Si j'ai mis tout ce temps pour écrire cette critique c'est que le film dont nous allons parler m'a quelque peu déstabilisé. Aujourd'hui je vous parle de Noé de Darren Aronofsky.


C'était pour préparer la sortie de Noé que j'avais entrepris de vous faire une petite rétro sur la carrière de Darren Aronofsky. Comme je vous l'avais dit, j'attendais ce film depuis environ deux ans et j'en attendais beaucoup. Lorsqu'un film d'un de mes réalisateurs préférés sort, j'ai du mal à faire une place à l'objectivité, c'est tout ou rien. Un chef d'œuvre ou un gros ratage. Et pour Noé je considère en l'occurrence que c'est un gros ratage. Je le reverrai et mon opinion se nuancera probablement mais le fait est que pour le moment il n'est pour moi que déception.
J'ai toujours aimé Aronofsky pour sa capacité à rendre grand public un cinéma qui confine au cinéma d'auteur. Mais pour que ça marche il faut deux éléments. Premièrement que le film soit grand public – ce n'était pas le cas avec Pi qui était un vrai film d'auteur, en noir et blanc et tout et tout – et qu'il ait aussi un vrai intérêt cinématographique. Noé est grand public, aucun problème là-dessus. Non ses manquements sont plutôt cinématographiques. On a affaire, selon moi, à un blockbuster tout à fait lambda. Après quatre articles sur la carrière d'Aronofsky, vous devez vous rendre compte de ce à quoi je m'attendais. La lumière de Noé, bien qu'assurée par Libatique,  n'a rien d'exceptionnelle. Les effets de style manquent à l'appel. Les personnages sont archétypaux et mus par des motivations qui ne me parlent pas du tout. Pour resituer je prendrai l'exemple du bébé d'Ila (Emma Watson) dont Noé veut se débarrasser dès sa naissance pour faire s'éteindre l'espèce humaine parce que le ciel lui a dit de le faire. Tiens ça sonne comme une réplique de Seven ça: "Une voix m'a dit de le faire, mon chien m'a dit de le faire Jodie Foster m'a dit de le faire"  Et ce n'est pas le fait de s'attaquer à un thème biblique qui provoque ce décalage entre mon échelle de valeur et celle des personnages. Car ce n'est pas la première fois qu'Aronofsky s'inspire du plus grand best-seller de tous les temps pour l'un de ses films. Dans The Fountain déjà, les thèmes de l'Eden, de l'arbre de la vie et de celui de la connaissance, étaient centraux. Cependant ils s'inscrivaient dans une histoire beaucoup plus complexe, autour de personnages dont les sentiments et les motivations étaient beaucoup plus proches de nous. Plus facile de s'identifier à l'homme qui tente désespérément de sauver la femme qu'il aime plutôt qu'à celui qui veut tuer ses petits-enfants parce qu'il a lu dans la pluie qu'il devait le faire. Alors vous me direz: "C'est biblique, donc forcément imagé, ce n'est pas à prendre au pied de la lettre !" Dans l'absolu je suis d'accord, mais le problème dans Noé c'est que tout est sur le même ton, pas de symbole derrière le sacrifice de ce bébé à naître. On doit se rendre à l'évidence,  l'ancien testament est cruel, violent et totalement archaïque. Et le revirement final qui nous dit "En fait Noé il est trop gentil, il ne ferait pas de mal à une mouche"  ne fait qu'étayer ma thèse. Ca nous dit que tout ça était très sérieux mais qu'un mec qui sauve gazelles et crocodiles n'est évidemment pas capable de tuer un nourrisson.
Bon, pour nuancer un peu, je dirais que j'ai été un peu dur à propos des effets de style. On a droit à quelques très jolis plans en contre-jour où les silhouettes des personnages se détachent magnifiquement d'un fond aux couleurs irréelles. L'autre effet intéressant est l'enchainement d'images symbolisant la déchéance de l'humanité: l'Eden la pomme, le serpent, la massue de Caïn… Un effet qui n'est pas sans rappeler les enchaînements de Requiem lorsque les personnages se piquent puisque dans les deux cas ils reviennent régulièrement dans le film pour exprimer quelque chose de très précis. De plus la massue de Caïn m'a fait penser à 2001 : l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick et à sa scène de la découverte de l'outil.

2001 : L'odyssée de l'espace
Noé
Voilà, on peut trouver quelques bons points au film mais globalement, 14 ans après Requiem for a Dream, les retrouvailles entre Jennifer Connelly et Darren Aronofsky n'ont pas été à la hauteur de mes attentes.